25/04/2020: La partie de “football inca”

Article pour Revue Globe Trotters d’ABM:  “La partie de football inca”

Je suis de passage à Cusco comme je le fais souvent quand je suis au Pérou, car j’adore cette ville. Je me sens chez moi dans cette cité d’altitude presque toujours inondée par un soleil éclatant. Comme chaque fois, je suis hébergé par mon ami Angel, musicien et photographe qui connaît tous les bons plans pour aller participer à de petites fêtes locales.

Pour la fin de semaine, il me propose d’assister à une partie de football très particulière dans un petit village des vallées sacrées de Cusco.

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Nous voilà donc partis pour 2 jours dans la petite bourgade de Coya, à quelques heures de bus du “nombril du monde” des Incas…

Le samedi est plutôt consacré aux parades des danseurs. Chaque confrérie porte un masque très particulier. Nous remarquons surtout les “Llameros”  qui symbolisent les gardiens de troupeaux de lamas. Également les “Qhapaq Negros” qui parodient les esclaves africains importés en Amérique latine par les Espagnols. Les “waca wacas” singent les toreros espagnols avec leur costume étriqué et orné de multiples broderies. 

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L’atmosphère est bon enfant, tout le monde regarde passer les danseurs en se restaurant avec force victuailles.

Le dimanche matin, cap sur le cimetière car il faut aller rendre hommage en musique aux disparus. Tout le monde est admis au cimetière, chaque confrérie entonne une chanson et danse en rond autour des tombes. Il fait très chaud car le soleil tape fort, et il faut se rafraîchir avec quantité de bière.

Cette façon de rendre hommage aux morts de façon si festive contraste tellement avec nos pratiques de France !

Tout le monde, danseurs, musiciens, public, se dirige maintenant vers le stade de football.

Là nous découvrons avec stupéfaction les deux équipes face-à-face, habillées de poncho, la tête couverte du fameux bonnet péruvien en laine, le “chullo”, qui s’échauffent tranquillement. L’arbitre porte un déguisement de Lucifer avec son trident à la main.

Les délégations officielles et les administratifs avec en tête le maire du village, font le tour du stade pour saluer la foule des spectateurs.

C’est parti, le match démarre pour deux fois 20 minutes.

Nous allons vite comprendre à notre plus grande stupéfaction que les règles sont très particulières.

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En fait, tous les coups sont permis, on a le droit de frapper le ballon avec le pied, la main, la tête, on a le droit de faire des passes en avant et en arrière et surtout on a le droit d’accrocher son adversaire de toutes les façons possibles même s’il n’a pas le ballon.

Nous assistons donc à quantité de placages plus ou moins corrects, à des mêlées de corps enchevêtrés jusqu’à ce que l’on voit enfin réapparaître le ballon…

Nous essayons de comprendre la stratégie des joueurs mais en fait il n’y en a pas ! dès qu’un joueur reçoit le ballon, les autres lui tombent dessus comme une nuée de frelons et il n’a de hâte que de s’en débarrasser au plus vite, soit en le passant à un camarade, soit en tapant au pied le plus loin possible vers l’avant.

Ce sont des cavalcades, des courses éperdues dans tous les sens en essayant d’échapper aux placages.

Il nous semble que chacun joue très perso, il n’y a pas de tactique établie pour monter tous ensemble le ballon vers les buts de l’adversaire.

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Enfin, peu avant la fin de la partie, le ballon parvient entre les mains d’un joueur placé face au but, qui d’un vigoureux lancé du bras, le met au fond des filets. C’est l’apothéose, l’extase, les hurlements dans tout le stade nous assourdissent car l’équipe des ponchos rouges vient de gagner le match !

Les joueurs sont épuisés, ils ont couru comme des diables et de surcroît, nous sommes en altitude, même s’ils en ont l’habitude.

Place aux cérémonies, les officiels, le maire en tête, réapparaissent pour féliciter les joueurs et boire plusieurs bières sans oublier d’honorer comme il se doit la “Pachamama” en versant une rasade sur le sol.

La journée se termine, les joueurs qui ont encore de l’énergie à revendre, invitent les jeunes filles à danser au son des musiciens revenus pour clôturer la fête.

Grâce à mon ami Angel, j’ai eu la chance d’assister à cette partie de football inca aux règles si particulières; on ferait mieux de dire sans règles du tout, mais quel bon état d’esprit et quelle convivialité dans ce petit village perdu des vallées sacrées des Incas.

Bernard ABM Rennes

Film (14 mn) disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=XY9_4CeQbhc&t=2s

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